samedi, 18 juin 2005

La crise plutôt que l’Europe sociale ?


En écoutant les peuples, l’occasion est offerte de refonder l’Europe par le social. Ceux qui s’y refusent jouent aux apprentis sorciers dans une Europe en crise.

Editorial par Pierre Laurent

L'HUMANITÉ




Editorial par Pierre Laurent

La crise plutôt que l’Europe sociale ?

En écoutant les peuples, l’occasion est offerte de refonder l’Europe par le social. Ceux qui s’y refusent jouent aux apprentis sorciers dans une Europe en crise.




Le Conseil européen s’est ouvert hier en fin d’après-midi à Bruxelles dans une ambiance tendue. Aux prises avec la crise de la construction européenne qu’ils impulsent depuis des années, et cherchant à contourner les exigences des « non » français et néerlandais, les vingt-cinq chefs d’État et le président de la Commission s’attendaient à deux jours de négociations agitées.



Contrairement à bien des commentaires entendus en France depuis le 29 mai, les deux « non » de la France et des Pays-Bas au projet de constitution n’ont pas provoqué cette crise. Ils agissent en vérité comme de puissants révélateurs. Des oppositions, désormais majoritaires, s’affirment en rupture du modèle libéral qui fonde toute la construction actuelle. L’Union conçue comme un grand marché, organisant l’affrontement ou le partage au profit de groupes mondialisés, précarisant les conditions de travail au lieu de les tirer vers le haut, enfermant les États dans la gestion de ces logiques, voilà ce que les Européens supportent de plus en plus mal. Le « non » sorti des urnes n’est pas seulement un constat de dénonciation. Il est un appel à refonder les bases mêmes de la construction européenne, en faisant du social, non plus l’hypothétique résultante de la libéralisation des marchés, mais le coeur et la priorité absolue des politiques européennes. Et c’est là que les chefs d’État européens sont coincés.



Car ils ont toujours géré les crises européennes de la même façon. En passant des compromis qui préservent à leurs yeux l’essentiel, et en promettant pour demain l’Europe sociale. C’est en procédant de la sorte qu’ils pensaient faire ratifier le projet de constitution. Cette fois, le défi est très différent. Une autre logique s’affirme, qui contredit le dogme libéral et propose de commencer par l’Europe sociale. Or, les dirigeants de l’Europe refusent d’admettre l’existence même de cette alternative. Pour eux, il faut soit passer outre le vote, soit laisser s’épuiser les forces alternatives en laissant traîner le processus de ratification. En somme, plutôt la crise que l’Europe sociale !



Il n’est même pas question d’ouvrir le débat sur de nouvelles propositions. Il faut les nier, les ignorer, leur interdire tout accès au débat public, un point c’est tout.



Mais, ne leur en déplaise, ces propositions alternatives existent. Pourquoi ne pas ouvrir par exemple le débat sur le rôle de la Banque centrale européenne ? Soutenir les marchés, ou soutenir de manière sélective le crédit pour financer l’emploi ? Le débat vaut la peine. Le président de l’Eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, s’est lui-même hasardé à déclarer que la BCE devait écouter les avis des ministres des Finances. C’est le minimum. L’un des membres du conseil des gouverneurs de la BCE l’a vertement renvoyé dans les cordes : « Nous sommes contre, et de plus, cela va à l’encontre du traité. » Effectivement, pour ouvrir ce débat, il faudra choisir : ou le traité et les pleins pouvoirs à la BCE, ou les électeurs et le contrôle démocratique des finances dans l’Union.



Pourquoi de la même façon ne pas ouvrir le débat sans attendre sur les objectifs d’une véritable Europe sociale, tout reprendre par la définition des droits sociaux, par l’adoption d’une charte sociale qui ne soit plus minimale, facultative et encadrée par des politiques libérales qui la contredisent, mais ambitieuse, contraignante, et appelée à devenir la loi fondamentale de l’Union. Mais là encore, entre préserver à tout prix le livre III du traité, quitte à le soustraire à de futures ratifications, et remettre l’édifice sur ses pieds en inversant les priorités, il faudra choisir.



La raison commande désormais d’avancer hardiment dans la voie de la refondation sociale de l’Europe. Ce sont ceux qui refusent de saisir cette chance qui jouent aux apprentis sorciers dans une Europe en crise, et pas le contraire.



Par Pierre Laurent-L'HUMANITÉ

Commentaires

Bienvenue dans l'egocentrisme franco-français... c'est vrai vous avez raison après tout, nous avons le meilleur modèle social et nous somme plus à même de donner des leçons aux autres.
C'est à pleurer.
Lorsque vous aurez compris qu'une communauté se construit par compromis et uniquement par ça, l'Europe aura fait un grand pas. C'est bien joli votre pamphlet contre la BCE mais quid des peuples qui ne veulent pas de tutelles sur elle ??? comme l'Allemagne par exemple ??? hein que fait-on ? on leur impose de force c'est ça ? parce que nous somme Français !!
pfuuu.

Ecrit par : cmoi | samedi, 18 juin 2005

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