lundi, 20 juin 2005

LA FRANCE DES SOUS-EMPLOIS

L’emploi salarié stagne en France. Comme les trimestres précédents. La faute aux importantes destructions de postes dans l’industrie, qui ne sont plus compensées par les créations d’emplois dans la construction et le secteur tertiaire. C’est le tableau que viennent de dresser les économistes de l’UNEDIC. ..........


L’emploi salarié stagne en France. Comme les trimestres précédents. La faute aux importantes destructions de postes dans l’industrie, qui ne sont plus compensées par les créations d’emplois dans la construction et le secteur tertiaire. C’est le tableau que viennent de dresser les économistes de l’UNEDIC. Ils prédisent aussi que la tendance ne devrait pas s’améliorer dans les prochains mois, au vu d’une croissance économique plus faible que prévu et bien insuffisante pour faire redémarrer les embauches. Sombres perspectives. Malheureusement banales. Le gouvernement Villepin n’a pas le choix. Il doit réussir sur l’emploi. Deux solutions s’offrent à lui. Activer les leviers de création d’emplois stables, avec des incitations fiscales, une politique sociale ambitieuse et une relance de l’industrie où faire baisser momentanément la statistique en contraignant les jeunes et les chômeurs à occuper les boulots immédiatement disponibles parce que précaires, à temps partiel, mal rémunérés, durs. En bon libéral, Dominique de Villepin a choisi la seconde option, trahissant de ce fait l’exigence de protections sociales réclamées avec force le 29 mai dernier lors du référendum sur la constitution européenne.



Licencier sans indemnité ni recours juridique



Le « plan d’urgence » du premier ministre présenté il y a dix jours, la loi relative au développement des services à la personne examinée par les députés la semaine dernière et qui sera soumis au vote - solennel de l’Assemblée mardi, ainsi que la montée en charge du « plan de cohésion sociale » sont autant d’instruments d’une même mécanique à généraliser le « sous-emploi ». Même s’il s’en défend, le premier ministre se plie, de ce fait, au modèle anglo-saxon.



En créant un nouveau contrat de travail, le « contrat nouvelle embauche », qui va permettre aux entreprises de moins de 10 salariés de garder des salariés à l’essai pendant deux ans, le gouvernement donne quitus à une des principales injonctions du - MEDEF : faciliter le licenciement. Cela permettrait de faciliter aussi l’embauche, nous dit-on. Mais pour le salarié, c’est l’insécurité permanente puisqu’il pourra, quasiment du jour au lendemain, être - remercié sans motif, sans indemnité, sans recours juridique. Qu’il se rassure pourtant, Gérard Larcher, ministre délégué à l’Emploi, a expliqué en fin de semaine aux syndicats que le salarié en question pourra s’inscrire au chômage « même s’il n’a pas travaillé le minimum requis de 180 jours » !



Que des Contrats à durée déterminée et du temps partiel



Dominique de Villepin a justifié sa mesure au nom du gisement d’emplois existant dans les petites entreprises. En effet, l’ANPE a, par exemple, établi que 56,1 % des emplois proposés ont émané en 2003 des entreprises de moins de 10 salariés. L’Agence nationale pour l’emploi explique aussi qu’elles proposent dans la majorité des cas des emplois durables. Les embauches en CDD sont déjà quasiment généralisées, mais dans les plus de 50 salariés. Le « contrat nouvelle embauche » vient donc percuter cette relative stabilité. Les syndicats ne s’y sont pas trompés. Sa mesure est une attaque frontale contre la norme du CDI.



De CDI, à temps plein, il n’en est de toute façon aucunement question dans toutes les autres facettes des dispositifs Borloo. Le ministre de la Cohésion sociale promet de créer 500 000 emplois en trois ans dans le domaine des services à la personne, un secteur certes, en pleine expansion, mais déjà englué dans le sous-emploi et miné par le temps partiel. L’exposé des motifs du projet de loi le reconnaît, ces métiers manquent d’attractivité du fait de « l’importance du temps partiel subi, de la présence de taux horaire de rémunération encore inférieurs au SMIC, de droits sociaux inférieurs au droit commun, de la faiblesse ou l’absence de filières de formation initiale, de l’insuffisance totale de formation continue ».



Favoriser le retour du travail journalier



Or, la mesure phare de son plan, le chèque emploi service universel (CESU), qui encourage une individualisation de la relation salarié-employeur (voir page 5), va perpétuer cet état de moins-disant social dans le secteur. Dominique de Villepin a décidé d’étendre ce « chèque », qui fait office de contrat de travail et de bulletin de salaire, aux petites entreprises, une initiative qui favorise le retour du travail journalier, et avec lui une précarité extrême. Les autres contrats Borloo, déjà en place avec la loi de cohésion sociale, sont tous précaires. Au nombre de quatre, ils sont conclus pour une période déterminée, ne dépassent jamais les 26 heures hebdomadaires de travail et sont rémunérés au SMIC horaire. Des petits boulots, en somme, comme ceux qui, depuis vingt ans contribuent à affaiblir la norme CDI d’emplois stables, à statut. De 3 % en 1974, le chômage touche aujourd’hui 10 % de la population active. Dans le même temps, le nombre de CCD a été multiplié par six au point qu’aujourd’hui les contrats à durée déterminée représentent 77 % des embauches.



Faute d’agir réellement sur le levier emploi, le gouvernement actionne la pompe à sanction des chômeurs. Soit ils acceptent d’occuper ces boulots dont personne ne veut, soit ils perdent des indemnités, voire sont rayés des listes. Comme en Angleterre ! Pratique pour qui veut faire dégonfler les chiffres du chômage.



Paule Masson

© Journal l'Humanité

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