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dimanche, 10 juillet 2005

VENDUS PAR HEWLETT-PACKARD, LIQUIDÉS PAR SANMINA.

« On ne réalise pas que, lundi, c’est fini, on reste à la maison »,
soupire Patricia Barjac, ouvrière chez Sanmina. Cette usine d’ordinateurs,
implantée à L’Isle-d’Abeau en Isère, à une quarantaine de kilomètres de Lyon,
ferme définitivement ses portes aujourd’hui. Les 500 salariés, dont 70 % de
femmes, doivent se retrouver ce midi pour un « pique-nique d’adieu »,
qui risque d’être triste, avant le premier été de chômage. Sur les grilles de
l’usine, des banderoles et pancartes, vestiges des mobilisations de ces
derniers mois, depuis ce 25 février où a été annoncée la fermeture définitive,
accusent : « HP tueur, Sanmina liquidateur », « HP m’a
vendu, Sanmina m’a pendu », « Mon parcours : HP, Sanmina,
ANPE ». S’ils ont été liquidés par leur actuel patron américain Sanmina,
les salariés se sentent surtout trahis par leur ancien propriétaire,
Hewlett-Packard..... Article paru dans l'Humanité du 8 juillet 2005.


C’est en 1985 que le géantinformatique américain, déjà implanté à Grenoble,
inaugure à L’Isle-d’Abeau un site de fabrication d’ordinateurss et un centre de
formation. Mais, dès les années quatre-vingt-dix, HP commence à - externaliser
son activité industrielle. L’usine est vendue en juin 2002 au groupe Sanmina,
un sous-traitant partenaire de longue date de HP. Hewlett-Packard s’engage à
« maintenir un niveau de commandes soutenu auprès de l’usine
iséroise » pendant trois ans, jusqu’en juin 2005. « À l’époque, HP
nous a présenté la vente comme la seule solution pour éviter la fermeture de
l’usine et les licenciements », se souvient Georges Muratore, délégué
syndical CGT. « De son côté, Sanmina nous a fait miroiter un développement
de l’usine, poursuit Franck Castelli, représentant CGT au comité d’entreprise.
La direction disait vouloir conquérir de nouveaux clients et devenir numéro un
mondial. Elle nous promettait des formations, une évolution. Les salariés y ont
cru et ont joué le jeu. Nous avons sacrément trimé. » Dès 2003, Sanmina
met en place une nouvelle organisation de la production, visant à augmenter
fortement la productivité. « On n’a jamais autant produit, se souvient
Patricia Barjac, déléguée du personnel CGT. La direction nous a mis une grosse
pression. Elle mesurait la production à l’heure de chaque ouvrier et exigeait
133 % d’efficacité. Il fallait être toujours plus rentable, pour gagner de
nouveaux clients, gagner un nouveau contrat avec HP. Les problèmes
d’articulations se sont multipliés chez les ouvriers. Presque tout le monde a
eu des tendinites aux poignets, des problèmes de dos. L’absentéisme est monté à
12 ou 15 %. Beaucoup sont partis en longue maladie pour dépression. » En
guise de carotte, la direction met en place un système de primes d’efficacité
allant jusqu’à 6 % du salaire. « Sanmina a aussi employé jusqu’à 600
intérimaires et CDD, soit plus que de salariés en CDI, complète Franck
Castelli. La direction leur promettait l’embauche pour les faire travailler
d’arrache-pied et tirer vers le bas les conditions de travail de tous. Nous
avons amélioré la qualité, la quantité, les délais, les coûts fixes, et malgré
tous ces efforts, on ferme ! » Rien n’a été fait pour pérenniser le
site Pendant ces trois années, HP reste en effet le seul client de l’usine. Or,
en décembre, il cesse de commander à l’usine une partie de la production, qu’il
délocalise en Tchéquie, chez un autre fournisseur américain, Foxconn. Début
2005, il fait de même avec le reste des ordinateurs, qu’il décide de commander
à l’usine Sanmina de Hongrie. Privé de commandes, le site de L’Isle-d’Abeau est
condamné à la fermeture. Sanmina l’annonce fin février en comité d’entreprise.
Pour les cégétistes, « toute l’affaire était préméditée » par HP et
son complice Sanmina. « Sanmina a fait le sale boulot pour HP, qui voulait
éviter la mauvaise image d’un plan social », - résume Mohamed Rezig,
délégué du personnel CGT. Si la convention entre les deux groupes américains
est restée secrète, les syndicalistes constatent que rien n’a été fait pour
pérenniser le site. « L’usine n’avait même pas de commercial pour chercher
d’autres clients que HP, - explique Georges Muratore. Officiellement, nous
étions Sanmina, mais en réalité nous étions restés comme une filiale de HP, qui
décidait de tout, et qui s’est débarrassé de nous pour trois fois rien. Les
rapports des experts pour le comité d’entreprise ont confirmé que les dés
étaient pipés. » Au-delà des questions d’image, l’aspect économique est
important : alors que HP est connu pour ses plans sociaux
« généreux », Sanmina a « proposé un plan digne d’une PME, avec
par exemple 5 000 euros de prime en tout et pour tout », poursuit Georges
Muratore. Ce n’est qu’en se mobilisant fortement que les salariés ont obtenu
une prime cinq fois plus importante, une préretraite à 53 ans payée 75 % du
brut, un congé de reclassement de 9 à 12 mois à 80 % du salaire. La trentaine
de salariés en CDD ont obtenu le triplement de la prime de précarité.
« Mais on est encore loin d’un plan social de type HP », estime le
délégué. « La cession d’activité n’était qu’une première étape vers la
cessation d’activité », résume Laurent Viallard, délégué syndical central
CGT chez HP, qui souligne que Hewlett-Packard n’en est pas à son coup d’essai.
Le groupe a vendu en 1993 une usine de cartes électroniques dans la banlieue de
Grenoble, qui a fermé début 2003, laissant 200 salariés sur le carreau.
L’acheteur-fossoyeur n’était autre que SCI, qui a depuis fusionné avec
Sanmina... De même, en 2000, HP a cédé au français G2S un atelier de réparation
grenoblois, actuellement menacé de fermeture. La CGT prépare une action en
justice À L’Isle-d’Abeau, les salariés ne s’y trompent pas. Pour eux, le
responsable de leur mise au chômage est bien HP, contre qui ils sont très
remontés. S’inspirant de l’affaire Marine chez Alcatel (voir article du bas),
la CGT prépare une action en justice contre le groupe. Elle consiste à faire
reconnaître devant les prud’hommes que la cession de l’usine et le transfert
des contrats de travail étaient illicites, dans la mesure où la nouvelle entité
n’était pas autonome. Au final, elle vise à obtenir la réintégration des
salariés chez Hewlett-Packard ou, à défaut, des dommages et intérêts. Déjà 250
salariés se sont inscrits sur la liste pour porter un dossier en justice, et le
défilé continue dans le local CGT. Après la fermeture, ils comptent créer une
association pour rester groupés. « On a réglé nos comptes avec Sanmina,
maintenant on va s’occuper de HP », conclut Franck Castelli. Fanny
Doumayrou Envoyée Spéciale. L’Isle-d’Abeau (Isère), Page imprimée sur
http://www.humanite.fr © Journal l'Humanité Article paru dans l'édition du 8
juillet 2005.